Handicap. Ils voyagent en dansant

Le 23 novembre, nous les avions laissés épuisés et enthousiastes (*). Avides de poursuivre leur aventure chorégraphique avec Sergio Argiolas. Hier, une vingtaine d'adultes handicapés l'ont racontée à la MPT d'Ergué-Armel. En dansant.

Des « merci, merci, merci !!! » fusent dans une salle de danse de la MPT d'Ergué-Armel. « Sans toi, Sergio, on n'aurait jamais pu faire ça », s'exclame Léo. Fin de représentation, hier après-midi. Une vingtaine d'adultes handicapés cornouaillais viennent de livrer, face au public, leur conception du dépassement de soi, de l'envol et l'envie. Pas avec des mots, sauf pour Mathieu le slameur, mais avec leur corps. Chacun avec ce qu'il est, chacun avec sa perception du désir du chorégraphe Sergio Argiolas de les embarquer dans un improbable espace-temps. Évasion travaillée au fil d'ateliers depuis l'automne. Évasion réussie, vu leurs mines et impressions.


Léo : « C'est important d'aller plus loin »

« Un vrai plaisir partagé. On se dépasse même si on reste nous-mêmes. C'est important d'aller plus loin », commente Léo. « Je pense au voyage quand je danse, j'ai fait un beau voyage », sourit Florian. Même tonalité chez Gaëlle : « J'aime bien bouger mon corps. J'ai tout apprécié. Ça m'aide à m'évader un peu », annonce-t-elle, émerveillée. D'une seule respiration, Jérôme prétend « adorer danser avec des collègues et Sergio. Ça m'entraîne dans d'autres univers extraordinaires. C'est mon rêve de danser comme ça ». « C'est une grande opportunité de pouvoir oeuvrer dans le bon sens avec la complicité de Sergio, qui est un gars exceptionnel. Avec beaucoup de souplesse, de tact et savoir-vivre », s'enthousiasme Jean-Philippe. « Ça m'a un petit peu tiré la peur. J'aime bien bouger, montrer aux autres que l'on peut faire devant tout le monde », confie Alissa, émue.

Poursuivre le projet

« C'était super. J'ai envie de continuer l'année prochaine », émet Jacques qui, comme les autres, a beaucoup voire tout donné sur le parquet. « Nous espérons pouvoir continuer ce projet prévu sur trois ans, avec un spectacle éventuellement au bout. Nous attendons des financements. On va aussi essayer de tendre vers un atelier mixte handicapés valides », indique Maryse Citoleux, directrice adjointe chargée de l'action culturelle à la MPT d'Ergué-Armel. C'est la Maison pour tous qui a impulsé ce projet expérimental avec le collectif Art'Hand'Co, lui-même rivé à l'association Chiboudig. « On a assisté à une incroyable évolution depuis octobre et vécu, aujourd'hui, une énorme émotion. On a vu des gens qui s'ouvraient aux autres en plus de s'ouvrir à la danse. C'est magnifique et forcément à continuer », s'enflamme Philip Ollivier, le coordinateur du collectif. Maryse Citoleux partage cette même émotion « à les voir évoluer dans l'espace, avec la confiance qu'ils ont acquise et le bonheur qu'ils ont montré ».

« Gestes bruts d'une beauté désarmante »

Comment sort le chorégraphe de la Cie Doun Doun Ba de cette touchante et utile expérience ? Avec la vision « de gestes bruts d'une beauté désarmante ». « C'est le plus beau parce que ça sort d'eux, insiste Sergio Argiolas. J'ai perçu leur envie de se dépasser. Ils ont travaillé à retenir la gestuelle et les pas pour aller plus loin. J'ai pris plein de claques avec leur bonheur de s'investir ! » « C'était bien, on a dansé comme ça, glisse Sébastien, en mimant un enchaînement. Comme dans une salle de bal de mariés... »

* Le Télégramme du 24 novembre 2012.

Source : Le Télégramme, le 29 mars 2013

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