23 mars 2013

Handicap : l’Essonne veut expérimenter les assistants sexuels

Le Conseil général de l’Essonne réfléchit à proposer des services « d’assistants sexuels » pour les personnes lourdement handicapées, comme cela se fait en Belgique et en Suisse. Une proposition qui relance un débat sensible. Sur RMC, plusieurs personnes handicapées témoignent de leurs besoins et leur combat pour le droit à vivre une sexualité épanouie.

Les assistants sexuels, spécialement formés, accompagneraient les personnes handicapées dans l'éveil de leur sexualité.

C'est une première en France : le Conseil général de l'Essonne doit ouvrir la semaine prochaine une réflexion sur la création de poste d'assistants sexuels pour les handicapés dans le département. Réservée aux personnes lourdement handicapés, ils doivent les accompagner dans l'éveil de leur sexualité. Pour éviter tout soupçon de prostitution, ces assistants, après avoir reçu une formation, seraient rémunérés par les associations ou les structures médicales destinées aux handicapés, elles-mêmes financées par les conseils généraux.

« Je veux ouvrir le débat dans le pays »

S’ils existent déjà en Suisse et en Belgique, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a émis un avis défavorable le 11 mars dernier pour la France. Mais pour Jérôme Guedj, le président socialiste du Conseil Général de l'Essonne, il y a un besoin énorme : « Il ne s’agit pas naturellement d’avoir la moindre tolérance pour de la prostitution, une relation tarifée. Mais je veux ouvrir le débat dans le pays sur "quel est l’éveil à la sexualité pour les personnes très lourdement handicapées", pour trouver une solution qui soit éthiquement et juridiquement acceptable. Aujourd’hui, on est dans l’hypocrisie. On est dans un système qui interdit l’intervention d’un tiers dans une relation sexuelle, a fortiori si elle est tarifée, et on dit aux familles et aux handicapés : "débrouillez-vous tout seul" ». 

« M’aider à ce que ce soit confortable »

A 46 ans, Frédéric est lourdement handicapé depuis la naissance. Il souffre d'une IMC, une Infirmité motrice cérébrale et vit en fauteuil roulant. Sur RMC, il témoigne sans tabou : « Notre cerveau ne commande pas nos bras comme on le souhaite. Du coup, au lit, on ne peut pas se mouvoir comme on le voudrait », regrette-t-il. Pourtant, il entretient une relation stable avec Magalie, elle aussi handicapée. Mais impossible de demander de l’aide à son entourage, d’où l’importance pour lui d’un assistant sexuel : « Quelqu’un qui m’aide à trouver une bonne position, que je ne fasse pas mal à ma copine, que ce soit confortable pour tous les deux ». Malgré tout, Frédéric se pose nombreuses questions : « Quelle est sa place ? Quand est-ce que je vais l’appeler ? Beaucoup de choses se bousculent dans ma tête ». Pour autant, il souhaite que la législation évolue. Après avoir renoncé à être père, il ne veut pas faire le deuil de sa sexualité.

« Avoir une main bienveillante »

Bruno de Stabenrath est écrivain, tétraplégique depuis 16 ans après un accident de voiture. Auteur notamment de "Dans la peau d'un handicapé", il milite pour l’aide sexuelle aux personnes handicapées. « Je crois que toute société humaine et humaniste doit s’occuper de ceux qui souffrent, considère l’écrivain sur RMC. Face à des gens allongés dans des fauteuils, d’avoir tout d’un coup une main bienveillante qui va commencer à les masser, un peu comme dans le film Intouchables, où François Cluzet veut qu’on lui masse le lobe de l’oreille parce qu’il ne sent rien dans le reste du corps. Comparer ça avec de la prostitution, non. La prostitution, ce sont deux personnes valides qui sous un prétexte tarifé, ont une relation sexuelle. Ça s’arrête là "

Source : RMC.fr - le 22 mars 2013

14:46 Publié dans Revue de presse | Commentaires (0)

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