06 mars 2013

« The Sessions », amour charnel et handicap

 THE SESSIONS** 

 Ben Lewin 

 Film américain, 1 h 35 

Plusieurs fois récompensé au festival du film indépendant de Sundance aux États-Unis, Prix du public au festival de San Sebastian, The Sessions est inspiré d’un article rédigé par le poète et journaliste américain Mark O’Brien (1949-1999), victime d’une sévère attaque de poliomyélite à l’âge de six ans et resté très gravement handicapé (1).

Tétraplégique, condamné à passer près de vingt heures par jour dans un « poumon d’acier » qui lui permettait de respirer, le jeune homme n’en mena pas moins des études sur le campus de Berkeley en Californie, se rendant seul en cours sur son chariot motorisé – au risque de provoquer des accidents de la circulation –, écrivant et téléphonant à l’aide d’une baguette tenue entre les dents. Et recevant une assistance quotidienne de plusieurs aides-soignantes.

une sensibilité qui préservent le spectateur du malaise

Désireux d’accéder à l’amour charnel, Mark O’Brien entreprit à l’âge de 38 ans – et après avoir consulté le prêtre de sa paroisse – de faire appel à une sexologue, qui l’orienta vers une « assistante sexuelle ».

Traitant de la question du handicap et du désir, le film de Ben Lewin parvient à progresser sur une ligne de crête, sans pudibonderie mais avec une délicatesse, un humour – certes un peu cru – et une sensibilité qui préservent le spectateur du malaise. Cette difficile quête, ponctuée d’échanges entre le protagoniste et son confesseur, ouvre sur de nombreuses questions : le sentiment de complétude, l’importance cruciale de l’éveil sensuel, la culpabilité, la finalité de l’acte.

Cette œuvre forte, évidemment destinée à un public averti, se fait marquante lorsque le spectateur prend conscience que l’entrée du personnage dans l’univers de la sensualité est précédée d’un grand vide  : ce corps-là, aucune main ne l’avait jamais révélé à lui-même. De ce point de vue, The Sessions est avant tout un film sur la nécessité de toucher et d’être touché pour vivre.

(1) On seeing a sex surrogate, paru en 1990 dans le magazine littéraire The Sun.

ARNAUD SCHWARTZ

La Croix, le 5 mars 2013

21:14 Publié dans Revue de presse | Commentaires (0)

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